En République du Congo, une initiative novatrice aide les communautés bantoues et les peuples autochtones à renforcer leurs moyens de subsistance grâce à la sécurisation des droits fonciers et à l’agroforesterie durable. Cette action, inscrite dans le cadre d’un projet financé par le Fonds vert pour le climat (2021–2029), a récemment franchi une étape majeure dans le district de Ngo, village d’Onianva, où les droits fonciers des petits exploitants ont été officiellement enregistrés.
Autonomiser les communautés par l’attribution des terres
L’État, par l’intermédiaire du Programme national d’afforestation et de reboisement (PRONAR), a attribué des droits d’usage sur des terres agroforestières aux villageois. Chaque bénéficiaire va recevoir une parcelle d’un hectare par année pendant 7 ans, avec des coupe-feux installés à des endroits stratégiques pour réduire les risques d’incendie. Ces terres ne sont pas seulement destinées à la plantation d’arbres, mais servent également d’espaces agricoles productifs. Les agriculteurs y ont associé manioc, maïs et gombo aux arbres d’acacia, qui enrichissent naturellement le sol et améliorent les rendements.
Pour soutenir ces efforts, les villageois ont bénéficié de formations et d’intrants agricoles, notamment des boutures de manioc de qualité. Cette combinaison d’agroforesterie et de cultures vivrières vise à renforcer la résilience et la sécurité alimentaire tout en contribuant à l’atténuation du changement climatique.
Renforcer la résilience et l’accès aux marchés
À l’avenir, le projet prévoit de diversifier davantage la production agricole. Les agriculteurs ont exprimé leur intérêt pour l’introduction de l’arachide, ce qui renforcerait la nutrition et les revenus des ménages. Des liens avec les marchés seront également développés afin que les producteurs puissent vendre leurs produits à des prix équitables, créant ainsi une base économique durable pour ces communautés.
Lors des entretiens, les femmes agricultrices ont indiqué qu’elles comptaient utiliser leurs revenus pour payer les frais de scolarité, les soins médicaux et acheter des vêtements. Les hommes ont mentionné des priorités telles que l’essence, le loyer et l’eau — une ressource rare dans la région. Comme l’a déclaré un villageois : « Ça avance, cela va nous être bénéfique. »
Des outils innovants pour sécuriser les droits fonciers
Un élément clé de cette initiative est l’utilisation de l’outil Open Tenure de la FAO, basé sur tablette, déployé du 1er au 4 octobre 2025. Les facilitateurs ont enregistré les droits fonciers pour un premier échantillon de 40 bénéficiaires. L’outil a permis de collecter des informations essentielles : nom, date de naissance, photo du bénéficiaire et de sa parcelle, ainsi que les points de délimitation. Il a ensuite généré un rapport complet incluant une carte géolocalisée et toutes les données pertinentes.
Ces rapports seront signés par les autorités locales et le PRONAR, offrant une reconnaissance officielle des droits d’usage et renforçant la sécurité foncière.
Une copie restera auprès de chaque petit exploitant bénéficiaire comme document important de leurs droits, tandis que le projet pourra dresser un aperçu de toutes les parcelles de ce projet ambitieux (avec pour objectif de couvrir 14 500 ha). Il est important de noter que le projet a donné la priorité aux femmes et aux peuples autochtones dans l'attribution des terres, en s'attaquant aux inégalités de genre de longue date dans l'accès à la terre. Au Congo, les normes traditionnelles limitent souvent la capacité des femmes à obtenir la tenure malgré leurs contributions significatives à l'agriculture. Le système Open Tenure permet la copropriété, permettant aux hommes et aux femmes de partager leurs droits de manière égale.
Prochaines étapes
La prochaine phase consistera à restituer ces rapports aux communautés pour examen et validation avant la signature finale avec les autorités. Cette approche participative garantit la transparence et l’appropriation par les communautés.
Cette première phase étant un succès, PREFOREST étendra l'utilisation de l'outil Open Tenure à d'autres districts afin de contribuer à documenter et à garantir les droits d'utilisation des terres agroforestières pour les bénéficiaires du projet.
Bien que les champs soient situés à une certaine distance des villages, les agriculteurs s’y rendent régulièrement pour entretenir leurs cultures, désherber et surveiller la croissance. Les premières récoltes commencent à montrer des signes prometteurs, annonçant un avenir meilleur pour ces communautés.
En combinant sécurisation foncière, agroforesterie intelligente face au climat et pratiques inclusives, cette initiative ouvre la voie à un développement rural durable en République du Congo — un hectare à la fois.