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Promotion des cultures pérennes et restauration des forêts dégradées de la province de l’Equateur en RD. Congo

Blog | Fri, 12 Dec, 2025 · 21 min read
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Résumé exécutif

La province de l’Equateur, au nord-ouest de la République Démocratique du Congo, abrite de vastes forêts denses humides à forte valeur écologique et économique. Malgré ce potentiel, la pauvreté et la déforestation persistent en milieu rural. Pour y faire face, le Programme Intégré de Réduction des Emissions dues à la Déforestation et Dégradation des forêts (PIREDD Equateur) promeut des systèmes agroforestiers durables à base de cultures pérennes qui permettent de restaurer les forêts dégradées et diversifier les revenus des ménages. Entre 2021 et 2025, 2 795 hectares de forêts dégradées ont été restaurés grâce à plus d’un million de plants (palmiers à huile, cacaoyers, caféiers et arbres fruitiers). Des paiements pour services environnementaux (PSE), d’un montant total de 144 456 USD ont été effectués pour soutenir les efforts des populations dans le développement des initiatives communautaires et l’entretien des plantations. Les palmeraies créées donnent des premiers rendements de 2,4 à 4 tonnes d’huile à l’hectare. Ces indicateurs démontrent la viabilité économique et écologique de l’approche développée par le PIREDD Equateur et prouvent qu’il est possible d’allier la lutte contre la déforestation et le développement local. 

Mots-clés : PIREDD Equateur, agroforesterie, cultures pérennes, restauration forestière, développement local.  

Un contexte où la forêt façonne la vie

La province de l’Equateur recouvre une mosaïque d’écosystèmes forestiers humides parmi les plus intacts du bassin du Congo. Ces forêts, riches en essences commerciales (Entandrophragma cylindricum, Milicia excelsa, Pericopsis elata), abritent une biodiversité remarquable et constituent un puit de carbone mondialement reconnu. Au-delà de leur valeur écologique, elles façonnent la vie économique, sociale et culturelle des communautés locales.

Cependant, malgré ce capital naturel, plus de 70 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté. L’économie de la province est essentiellement de subsistance, dominée par l’agriculture itinérante sur brûlis et l’exploitation artisanale de bois. La déforestation, estimée à plus de 0,6 % par an soit près du double de la valeur nationale (FAO, 2023), traduit un déséquilibre croissant entre besoins humains et préservation des ressources.

Autrefois florissantes, les filières du café, cacao et palmier à huile de l’Equateur ont décliné à partir des années 1990 à la suite de la chute des prix de ces produits à l’international, laissant place à des pratiques non durables et à des exploitations abandonnées. La relance de ces cultures pérennes s’inscrit dans une double logique : restaurer les paysages forestiers dégradés et renforcer la résilience économique des communautés.

Une approche méthodologique alignée sur la stratégie REDD+ de la RDC

La Stratégie nationale REDD+ (2012) vise la réduction de la déforestation tout en promouvant le développement durable. Elle encourage la restauration des terres dégradées, l’intensification de l’agriculture durable et l’inclusion sociale. Le PIREDD Equateur s’aligne sur cette vision à travers une planification participative de la gestion des ressources forestières et un ciblage des bénéficiaires vulnérables réunis au sein des comités locaux de développement (CLD). Les CLD sont des organes mis en place pour encadrer et coordonner les activités de développement au niveau local. Leurs actions s’appuient sur les planifications contenues dans les documents tels que les plans simples d’aménagement du territoire (PSAT) et les plans de développement local (PDL) élaborés par les communautés avec l’appui du Programme.   

Dans sa première phase de mise en œuvre, les territoires de Bikoro, Ingende, Lukolela, Ngiri et la périphérie de la ville de Mbandaka ont été sélectionnés en raison de la forte dégradation du couvert forestier, de la disponibilité foncière communautaire et de la présence d’acteurs techniques pouvant accompagner les communautés. Lors de la deuxième phase, le Programme s’est étendu à l’ensemble des territoires de la province, répondant à la forte demande des populations notamment pour les cultures pérennes et à leur volonté affirmée de pratiquer une agriculture sans déforestation pour améliorer leurs conditions de vie.

Les spéculations retenues pour les cultures de rente présentent un intérêt à la fois économique et écologique. Elles comprennent : le palmier à huile (Elaeis guineensis), le cacaoyer (Theobroma cacao) et le caféier (Coffea robusta) et de nombreux arbres fruitiers. Ces cultures participent à la fois à la restauration des paysages, la séquestration du carbone et à la création de sources de revenus stables pour les ménages. Le matériel végétal utilisé provient du centre régional Songhaï (Bénin), du centre de recherche de l’Institut National pour l’Etude et la Recherche Agronomique (INERA) de Yangambi et de l’Office National des produits agricoles du Congo (ONAPAC). Ces semences ont servi à l’installation des pépinières communautaires (photo 1) dans les localités de Moeli, Nkalamba, Bokatola et Bomongo. 

  Photo 1 : Pépinières de palmier à huile (à gauche) et de cacaoyer (à droite).

Ce dispositif intégré de production végétale a permis, depuis 2020, la production et la mise en terre de plus d’un million de plants dans une agriculture sans déforestation. En appui à ces actions, des formations techniques ont été dispensées aux animateurs du fonds mondial pour la nature (WWF) et à 56 techniciens agricoles locaux chargés d’accompagner les communautés dans la mise en place des plantations. Ces formations portaient sur les itinéraires techniques de production des plants en pépinière, le planting et les approches participatives de suivi-évaluation des plantations.

Des pratiques qui modifient le faciès du paysage des territoires

Les cultures pérennes sont mises en place uniquement dans les forêts dégradées. Elles combinent deux types d’associations : d’une part il y’a l’association entre les cultures pérennes et vivrières (cacao-manioc, palmier-arachide-maïs) et d’autre part, l’association des cultures pérennes entre elles (palmier à huile - cacaoyer et palmier à huile - caféier). Ces associations ont l’avantage d’introduire une couverture végétale permanente dans les paysages et d’améliorer la sécurité alimentaire et économique des communautés. Les itinéraires techniques prônent le labour minimal, le paillage, l’usage de compost et un entretien régulier.

Photo 2 : Association palmier à huile - cacaoyer

Entre 2021 et 2025, 1296 hectares d’agroforesterie associant les cultures vivrières, le cacaoyer et le palmier à huile ont été installés et 1 500 hectares des terres dégradées restaurées par des cultures pérennes combinant palmier à huile, cacaoyer, cafetier et arbres fruitiers et placés sous un régime de gestion durable. Ces aménagements entrainent une transition des écosystèmes des forêts dégradées vers des mosaïques agroforestières équilibrées.

 Des femmes et des peuples autochtones au cœur du changement

Les revenus issus des premières ventes de l’huile de palme ont permis d’améliorer l’habitat, de soutenir la scolarisation des enfants et de diversifier les activités économiques. Les femmes regroupées au sein de 55 associations villageoises d’épargnes et de crédit (AVEC) mises en place par le Programme, jouent un rôle moteur dans la transition agroforestière. Elles transforment le manioc, l’arachide et le maïs (photo 3) en produits à forte valeur ajoutée, tels que la chikwangue améliorée. Les bénéfices issus de ces activités sont réinvestis dans l’éducation et la santé. En 2024, les épargnes générées par les AVEC sont estimées à plus de 38.000 USD renforçant ainsi la résilience économique et sociale de communautés.

Photo 3 : Association des mamans chikwangue améliorées (AVEC)

 

Les peuples autochtones pygmées, traditionnellement dépendants de la chasse, de la cueillette et de la pêche, ont été directement impliqués par le PIREDD Equateur dans l’adoption des cultures pérennes. Cette implication s’est faite à travers un accompagnement spécifique incluant l’accès aux plants de palmier à huile, cacaoyer et caféier, des formations pratiques sur les itinéraires techniques et un suivi rapproché de leurs plantations. Grâce à cet appui ciblé, ils s’engagent progressivement dans les cultures pérennes et deviennent eux - mêmes fermiers, alors qu’ils étaient auparavant principalement employés comme main d’œuvre par les agriculteurs bantous. Cette participation active constitue une avancée majeure en matière d’autonomisation et d’inclusion sociale faisant ainsi des peuples autochtones pygmées de nouveaux acteurs économiques dans la zone d’intervention du PIREDD Equateur.

Cependant, cette transition nécessite un accompagnement soutenu en matière de formation technique, d’accès aux intrants et notamment à la terre afin d’assurer une appropriation réelle de cette innovation par les peuples autochtones.

              Photo 4 : Caféière d’un pygmée (à gauche) et palmeraie d’un Bantou (à droite).   

Entre 2021 et 2024, un montant total de 144 456 USD a été payé aux communautés par le PIREDD Equateur sous forme de paiements pour services environnementaux (PSE) pour protéger les zones à haute valeur de biodiversité (PSE collectifs) et motiver les efforts de de reforestation forestière des communautés (PSE individuels). En effet, les PSE collectifs se sont révélés être un véritable levier de gouvernance environnementale locale, favorisant l’émergence d’initiatives communautaires de développement menées par les CLD telles que l’équipement des centres de santé et la réalisation de puits d’eau potable. Quant aux PSE individuels, ils ont principalement servi à appuyer les activités de semis, d’entretien et de suivi des plantations.

Les plantations de palmier à huile, établies depuis 2021, ont commencé à produire depuis 2024 avec des rendements estimés entre 2,4 et 4 tonnes d’huile de palme par hectare. Bien que ces niveaux de production demeurent modestes, ils témoignent de la viabilité économique du modèle promu par le PIREDD Equateur et devraient s’accroître progressivement à mesure que les plantations atteignent leur pleine maturité.

5. Conclusion,

L’expérience du PIREDD Equateur démontre que la promotion des cultures pérennes constitue une approche efficace pour concilier développement rural et restauration forestière. En intégrant les dimensions écologique, sociale et économique, le programme a permis d’expérimenter un modèle reproductible de gestion intégrée des paysages forestiers tropicaux.

Sur le plan écologique, les associations agroforestières à base d’essences pérennes ont contribué à la recomposition du couvert végétal et à la séquestration du carbone. Sur le plan socio-économique, les PSE et la valorisation des filières de rente renforcent la résilience économique des ménages et favorisent l’autonomisation des couches vulnérables telles les femmes et les peuples autochtones pygmées.

Ces avancées demeurent cependant tributaires de la consolidation des capacités techniques locales, de l’accès au financement rural et à la terre et d’une meilleure structuration des marchés pour les produits issus des cultures pérennes. A plus long terme, la réplication de ce modèle dans d’autres territoires de la RDC et du bassin du Congo pourrait constituer un levier important de mise en œuvre des stratégies nationales REDD+ et un exemple concret d’intégration entre économie verte et gestion durable des forêts tropicales.

Références bibliographiques

  • CN-REDD (2021). Stratégie nationale REDD+ de la République Démocratique du Congo. Kinshasa, RDC.
  • Ministère de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme (MECNT). (2012). Stratégie-cadre nationale REDD+ de la République Démocratique du Congo. Kinshasa, RDC.FAO (2023). Evaluation des ressources forestières mondiales, République Démocratique du Congo. Rome.
  • FAO (2024). Rapport d’activités du PIREDD Equateur 2021 - 2024. Kinshasa, 65 p.